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Le Dieu des délivrances

Les onze apôtres viennent de l’affirmer : «C’est vrai ! Le Seigneur est ressuscité !» Et pourtant, quand Jésus se tient là, au milieu d’eux, c’est la stupeur et la crainte. «Ils croyaient voir un esprit». Comment comprendre cette crainte des apôtres ? En effet, elle n’est sûrement pas uniquement le saisissement de l’esprit devant une réalité inhabituelle. Jésus souligne au contraire leur trouble et s’en étonne : «Pourquoi êtes-vous bouleversés ?» Et il évoque aussi ces «pensées qui surgissent» en eux, comme il relevait celles qui surgissaient dans le cœur des pharisiens, quand il remettait au paralytique ses péchés (cf. Marc 2,8). Cette stupeur des apôtres a donc quelque chose à voir avec un manque de foi, avec un cœur endurci.


«Voyez mes mains et mes pieds», reprend Jésus. Et le narrateur insiste ensuite en disant : «il leur montra ses mains et ses pieds». Les mains qui nous ont façonnés et que nous avons clouées sur la croix, les pieds de celui qui a parcouru les routes à la recherche de la brebis perdue, et que l’on a voulu saisir pour l’empêcher de mener à terme son œuvre de salut... Les mains et les pieds du Christ sont donc le rappel de l’impuissance à laquelle il a consenti, et du péché que nous avons commis. Et dans sa résurrection, ses mains et ses pieds témoignent que l’amour a tout traversé, et que le pardon est victorieux de tous nos refus.


Voir un esprit, ce serait rencontrer un Christ tellement différent dans sa résurrection qu’on en oublierait qu’il est passé par la mort. Mais pour que la joie soit réelle et forte, il faut qu’elle traverse, dans la Passion du Christ, notre faiblesse et notre péché. «C’est bien ce qui était annoncé par l’Écriture», cette grande traversée de la mort à la vie, de la souffrance à la résurrection et à l’annonce de la conversion. Lire et relire aujourd’hui cet évangile qui nous est donné par la liturgie, c’est y découvrir un Dieu qui partage toutes nos détresses et y sème la vie de sa résurrection. Un Dieu qui connaît tous nos refus et les emporte dans un amour fort comme la mort. Un Dieu proche, le Dieu des délivrances.

La Parole du Jour • Luc 24,35-48

Les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain. Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d’eux, et il leur dit : «La paix soit avec vous !» Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : «Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai.» Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : «Avez-vous ici quelque chose à manger ?» Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il déclara : «Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.» Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures. Il conclut : «C’est bien ce qui était annoncé par l’Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins.»

Prier

Seigneur, puisque tu te tiens devant nous avec les marques de ta passion, nous voulons nous présenter devant toi avec toute l’épaisseur de notre existence humaine. Tu t’approches comme celui dont nous ne pouvons avoir peur, parce que tu t’es fait semblable à nous dans le partage de notre joie et de nos souffrances. En te touchant, en te regardant, nous voulons, comme les Apôtres, apprendre de toi ce qu’est la résurrection : une vie nouvelle qui a surgi à travers la mort. Que ta Parole soit aujourd’hui le lieu où nous apprenons à te connaître, et à nous connaître en toi, dans la certitude que tu es vainqueur de toute mort, alleluia !




Vous avez un peu de temps et vous désirez aller plus loin ?
La formule n°2 complète (mais ne remplace pas !) la formule n°1


En parcourant la Bible

Psaume 68 (67)

[2] Que Dieu se lève, et ses ennemis se dispersent,
et ses adversaires fuient devant sa face.
[3] Comme se dissipe la fumée, tu les dissipes ;
comme fond la cire en face du feu, ils périssent, les impies, en face de Dieu.

[4] Mais les justes jubilent devant la face de Dieu, ils exultent et dansent de joie.
[5] Chantez à Dieu, jouez pour son nom, frayez la route au Chevaucheur des nuées,
jubilez dans le Seigneur, dansez devant sa face.

[6] Père des orphelins, justicier des veuves, c’est Dieu dans son lieu de sainteté ;
[7] Dieu donne à l’isolé le séjour d’une maison, il ouvre aux captifs la porte du bonheur.

[8] Ô Dieu, quand tu sortis à la face de ton peuple, quand tu foulas le désert, [9] la terre trembla,
les cieux mêmes fondirent en face de Dieu, en face de Dieu, le Dieu d’Israël.

[10] Tu répandis, ô Dieu, une pluie de largesses, ton héritage exténué, toi, tu l’affermis ;
[11] ta famille trouva un séjour, celui-là qu’en ta bonté, ô Dieu, tu préparais au pauvre.

[20] Béni soit le Seigneur de jour en jour ! Il prend charge de nous, le Dieu de notre salut.
[21] Le Dieu que nous avons est un Dieu de délivrances, au Seigneur notre Dieu sont les issues de la mort !

Cantique 8,6-7

[6] Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Car l’amour est fort comme la Mort, la passion inflexible comme le Shéol. Ses traits sont des traits de feu, une flamme du Seigneur. [7] Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves le submerger. Qui offrirait toutes les richesses de ma maison pour acheter l’amour, ne recueillerait que mépris.

À l’écoute

De Guerric d'Igny, au XIIe siècle
Lorsque Jésus vint à ses apôtres, «les portes closes, et se tint au milieu d’eux, ils furent troublés et effrayés, croyant voir un fantôme». Mais lorsqu’il souffla sur eux en disant : «Recevez l’Esprit Saint» ou qu’il leur envoya du ciel ce même Esprit comme un don nouveau, ce don fut un témoignage indubitable de sa résurrection et de sa vie. C’est en effet l’Esprit qui témoigne dans le cœur des saints et par leur bouche que le Christ est la vérité, la vraie résurrection et la vie. C’est pourquoi les apôtres qui avaient d’abord douté à la vue même de son corps vivant, une fois qu’ils eurent goûté à l’Esprit qui donne la vie, rendirent un vibrant témoignage à sa résurrection. Car il est bien plus difficile d’accueillir Jésus dans son cœur que de le voir avec les yeux ou d’entendre parler de lui ; mais l’action du Saint-Esprit est beaucoup plus puissante sur les sens de l’homme intérieur que celle des objets corporels sur ses sens extérieurs. Quelle place reste-t-il au doute lorsque le témoin et celui pour qui il témoigne sont l’unique Esprit ?

Maintenant donc, frères quel témoignage la joie de vos cœurs rend-elle à votre amour du Christ ? Si jamais vous avez aimé Jésus, vivant ou mort ou revenu à la vie, et alors qu’aujourd’hui dans l’Église tant de messagers proclament sa résurrection, votre cœur exulte et s’écrie : «Jésus, mon Dieu est vivant ; ils me l’ont annoncé». À ceci tu reconnaîtras avec certitude que ton esprit revit pleinement dans le Christ : c’est qu’il dise du fond du cœur : «Il me suffit que Jésus soit vivant.»

Sermon pour la Résurrection du Seigneur 1,4-5

Vivre la liturgie • Les lectures récapitulant l'histoire du salut

La vigile pascale est aussi mémoire de l’histoire du salut. La résurrection que nous célébrons n’est pas un événement isolé, mais l’accomplissement du dessein éternel et bienveillant de Dieu : accueillir l’homme dans le partage de la plénitude de la gloire divine. La liturgie propose donc une longue succession de textes bibliques qui part de la création du monde où s’inscrit déjà le dessein de Dieu (Genèse 1,1-2,2) et déploie toutes les figures du salut jusqu’à la plénitude de la communion : le sacrifice d’Isaac, le fils bien-aimé (Genèse 22,1-13.15-18) ; le passage de la mer Rouge, où le peuple échappe à l’esclavage d’Égypte et se trouve sauvé des eaux (Exode 14,15-15,1) ; l’amour du Seigneur pour son épouse, l’humanité, symbolisée par Jérusalem et la révélation du mystère de l’eau et de la Parole, prophétisés par Isaïe (54,5-14 et 55,1-11) ; le don de la sagesse fait aux hommes (Baruch 3,9-15.32-4,4) ; la promesse d’un cœur nouveau et d’un esprit nouveau, portée par Ézéchiel (36,16-28) ; l’annonce enfin de la vie nouvelle reçue par le baptême dans la mort et la résurrection du Christ (Romains 6,3-11). Huit (le chiffre de la plénitude) lectures pour commémorer l’histoire des hommes que Dieu vient sauver. Une histoire qui est la nôtre et qui, déjà, nous fait exulter de joie.