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Passion du Père et du Fils

Une indicible douceur. Alors qu’elle est d’une cruauté inhumaine, dans les mots de Jean, la dernière marche de Jésus porte en elle une indicible douceur. Jusqu’à sa mort, sans un cri, sans ce cri de déréliction que, dans les autres Évangiles, Jésus lance ultimement vers le Père. Ici, Jésus ne s’adresse plus au Père. Celui-ci est comme totalement absent. Ou absolument présent. Oui, absolument présent. Jésus ne parle plus au Père, parce que le Père est en lui. Tout est pris, porté, dans l’indicible douceur de l’union du Fils avec le Père. Tout est pris, porté dans leur amour, leur volonté de se donner l’un à l’autre dans ce qu’ils désirent. Et ce qu’ils désirent, c’est nous. Les bourreaux, les lâches, les arrogants, et ceux qui suivent, à distance, ou restent là tout près, silencieux. Passion du Père et du Fils.

Jésus a pourtant pris sur lui tout le mal, la rébellion de l’humanité, le soupçon contre Dieu, la peur et l’orgueil, tout ce qui éloignait du Père. Mais avec tout cela, il a pu demeurer livré au Père. «Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui». C’est là qu’il l’a emporté. Et désormais le chemin se fait dans cette communion, cette gloire, qu’il retrouve avec son Père. Jusqu’au bout, jusqu’au dernier souffle. Et ce dernier souffle, c’est l’Esprit, livré lui aussi, livré par le Père et le Fils tout Un. L’Esprit qui est communion du Père et du Fils, donnée à l’homme.

La Parole du Jour • Jean 19,17-30

Jésus, portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, en hébreu : Golgotha. Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix, avec cette inscription : «Jésus le Nazaréen, roi des Juifs.» Comme on avait crucifié Jésus dans un endroit proche de la ville, beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, qui était libellé en hébreu, en latin et en grec.
Alors les prêtres des Juifs dirent à Pilate : « Il ne fallait pas écrire : ‘Roi des Juifs’ ; il fallait écrire : ‘Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs’.» Pilate répondit : «Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit.» Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : «Ne la déchirons pas, tirons au sort celui qui l’aura.» Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats.
Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : «Femme, voici ton fils.» Puis il dit au disciple : «Voici ta mère.» Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que désormais toutes choses étaient accomplies, et pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : «J’ai soif.» Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : «Tout est accompli.» Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

Prier

Seigneur Jésus, à distance peut-être ou tout près avec ta Mère et ton disciple bien-aimé, nous contemplons ta mort. Comme le sceau d’un amour indicible. Celui du Père pour toi, du Père pour le monde, de toi pour le Père. Un seul amour. Cette communion d’amour, tu as donné ta vie pour nous la donner. Ce soir notre prière, notre pas avec toi, c’est notre silence. Et notre foi en cet indivisible amour. Donné pour que nous puissions aimer, du même amour.




Vous avez un peu de temps et vous désirez aller plus loin ?
La formule n°2 complète (mais ne remplace pas !) la formule n°1


En parcourant la Bible

Isaïe 52,13-53,5

[Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’aspect d’un fils d’Adam. Et voici qu’il consacrera une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce qu’on ne leur avait jamais dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler. Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? À qui la puissance du Seigneur a-t-elle été ainsi révélée ? Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il n’était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était châtié, frappé par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris.


Romains 8,35-39

[35] Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ? [36] Selon le mot de l’Écriture : À cause de toi, l’on nous met à mort tout le long du jour ; nous avons passé pour des brebis d’abattoir. [37] Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. [38] Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, [39] ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur.

À l’écoute

De saint Ephrem de Nisibe, au IVe siècle
Aujourd’hui s’avance la croix, la création exulte ; la croix, chemin des égarés, espoir des chrétiens, prédication des Apôtres, sécurité de l’univers, fondement de l’Église, fontaine pour ceux qui ont soif. Aujourd’hui s’avance la croix et les enfers sont ébranlés. Les mains de Jésus sont fixées par les clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés. Aujourd’hui, le sang qui ruisselle de la croix parvient jusqu’aux tombeaux et fait germer la vie dans les enfers. Dans une grande douceur, Jésus est conduit à la Passion : il est conduit au jugement de Pilate qui siège au prétoire ; à la sixième heure, on le raille ; jusqu’à la neuvième heure, il supporte la douleur des clous, puis sa mort met fin à sa Passion. À la douzième heure, il est déposé de la croix : on dirait un lion qui dort.

Pendant le jugement, la Sagesse se tait et la Parole ne dit rien. Ses ennemis le méprisent et le mettent en croix. Aussitôt, l’univers est ébranlé, le jour disparaît et le ciel s’obscurcit. On le couvre d’un vêtement dérisoire, on le crucifie entre deux brigands. Ceux à qui, hier, il avait donné son corps en nourriture, le regardent mourir de loin. Pierre, le premier des apôtres, a fui le premier. André aussi a pris la fuite, et Jean qui reposait sur son côté n’a pas empêché un soldat de percer ce côté de sa lance. Le chœur des Douze s’est enfui. Ils n’ont pas dit un mot pour lui, eux pour qui il donne sa vie. Lazare n’est pas là, qu’il a rappelé à la vie, l’aveugle n’a pas pleuré celui qui a ouvert ses yeux à la lumière, et le boiteux qui grâce à lui pouvait marcher, n’a pas couru auprès de lui. Seul un bandit, crucifié à son côté, le confesse et l’appelle son roi. Ô larron, fleur précoce de l’arbre de la croix, premier fruit du bois du Golgotha ! La croix rend la lumière à l’univers entier, elle chasse les ténèbres et rassemble les nations de l’Occident, du Nord, de la mer et de l’Orient, en une seule Église, une seule foi, un seul baptême dans la charité. Elle se dresse au centre du monde, fixée sur le calvaire.

J.-R. Bouchet, Lectionnaire, Cerf, 1994, p. 179-180

Vivre la liturgie

L’Église fait d’abord du Vendredi Saint un jour de jeûne : jeûne moins pénitentiel que pascal, en ce temps où l’Époux nous a été enlevé (Matthieu 9,13). Il n’y a pas de célébration de l’Eucharistie : la seule messe, universelle, est, au Calvaire, celle du grand prêtre par excellence (Hébreux 4-5). Mais un «Office de la Passion du Seigneur» est célébré, qui emprunte à la tradition de Jérusalem où, dès le IVe siècle, la journée était consacrée à une prière itinérante aux lieux même de la Passion, du Cénacle au Golgotha, et à la tradition romaine de prière aux intentions universelles de l’Église. Il commence abruptement par les lectures : le quatrième chant du serviteur (Isaïe 52-53), figure saisissante du Serviteur défiguré par la souffrance ; l’épître aux Hébreux expliquant le sacerdoce nouveau du Christ (4-5) ; la proclamation de l’évangile de la Passion selon saint Jean (18-19). Une prière d’intercession se déploie alors, vraiment universelle car elle unit toute l’Église en une même supplication, et s’étend aux plus lointains. Puis la croix est offerte à la vénération de toute l’assemblée, cependant que sont chantés les impropères, ce chant des «reproches» (le sens premier du mot impropère) de Dieu à son peuple : «Ô mon peuple, que t’ai-je fait ? en quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi». Il reste à communier au sacrifice du Christ, maintenant consommé. Jésus est mort ; son corps exsangue repose sur la croix. «Tout est accompli», tout a été donné. C’est pourquoi on communie, en ce jour, au seul Corps du Christ, et non à son sang totalement versé ; et avec les hosties consacrées la veille, lors de la célébration de la Cène. Avant de se retirer dans le grand silence du sabbat qui commence.