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La grâce du pardon

«Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi», dit Jésus à Pierre. Part à cette intimité avec son Père, puisque c’est bien cela qu’il est venu nous donner. Il était dans le sein du Père, et il se met à genoux devant Pierre, pour qu’il ait part avec lui à la communion avec le Père. Mais il est si humble. Comment accueillir ce don, sinon en entrant dans une humilité qui seule est compatible avec l’être de Dieu, l’être un dans l’amour ? Alors il nous laisse comme unique exemple le geste qui scandalise, geste qui signifie à la fois la purification nécessaire pour avoir part avec le Christ, et l’humilité du Dieu qui veut s’unir à nous : «Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.» Non seulement vous laisser laver par moi, en accueillant de moi le pardon des péchés. Mais aussi vous laver les pieds les uns aux autres, en vous pardonnant mutuellement. Seulement ainsi la grâce du pardon pourra couler, comme une source claire, et se répandre. Reçue pour être donnée, déversée pour déborder, traverser pour unir. C’est si simple, mais vous êtes tellement orgueilleux. Il vous faut être humble, le plus petit de tous, le dernier de tous, si vous voulez pouvoir vous pardonner. Alors je vous laisse le geste du pardon comme celui du serviteur. Comme moi, pour moi, en moi, vous chercherez à servir, vous faisant le dernier de tous et le serviteur de tous. C’est l’unique remède. La part à recevoir. Le chemin de la ressemblance.

La Parole du Jour • Jean 13,1-15

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : «Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds !» Jésus lui déclara : «Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras.» Pierre lui dit : «Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais !» Jésus lui répondit : «Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi.» Simon-Pierre lui dit : «Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête !» Jésus lui dit : «Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs... mais non pas tous.» Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : «Vous n’êtes pas tous purs.»

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : «Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.»

Prier

Seigneur Jésus, tu veux nous donner part à la communion que tu partages avec le Père. Toi en nous, c’est toi uni à lui, en nous. Afin que nous aussi, nous devenions des êtres de communion. Tu viens purifier notre cœur, pour qu’il soit votre demeure. Devant ce don immense, nous ne pouvons que désirer nous aussi pardonner. Nous te présentons tous nos pardons difficiles à donner, à demander, à recevoir. Nos pardons impossibles peut-être. Non, ce soir tout est possible. Regarde-les, prends-les. Viens être humilité en nous, pardon en nous.




Vous avez un peu de temps et vous désirez aller plus loin ?
La formule n°2 complète (mais ne remplace pas !) la formule n°1


En parcourant la Bible

Isaïe 50,4-9

[4] Le Seigneur Dieu m’a donné une langue de disciple pour que je sache apporter à l’épuisé une parole de réconfort. Il éveille chaque matin, il éveille mon oreille pour que j’écoute comme un disciple. [5] Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi je n’ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé. [6] J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je n’ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats. [7] Le Seigneur Dieu va me venir en aide, c’est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu. [8] Il est proche, celui qui me justifie. Qui va plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Qui est mon adversaire ? Qu’il s’approche de moi ! [9] Voici que le Seigneur Dieu va me venir en aide, quel est celui qui me condamnerait ?


Colossiens 3,1-4.12-15

[1] Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. [2] Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. [3] Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu : [4] quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire. (...) [12] Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ; [13] supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. [14] Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection. [15] Avec cela, que la paix du Christ règne dans vos cœurs : tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblés en un même Corps. Enfin vivez dans l’action de grâces !

À l’écoute

De Méliton de Sardes, au IIIe siècle
Le mystère du Seigneur – qui a été préfiguré depuis longtemps et, aujourd’hui, est rendu visible – trouve sa créance parce qu’il a été accompli, bien qu’il soit jugé inouï pour les hommes. En effet ancien et nouveau est le mystère du Seigneur. Ancien selon la préfiguration, nouveau selon la grâce. Mais si tu regardes vers la préfiguration, tu verras le vrai à travers sa réalisation. Si donc tu veux que le mystère du Seigneur apparaisse, regarde vers Abel pareillement tué, vers Isaac pareillement lié, vers Joseph pareillement vendu, vers Moïse pareillement exposé, vers David pareillement persécuté, vers les prophètes pareillement souffrants à cause du Christ ; regarde aussi vers l’agneau qui fut immolé en Égypte, vers celui qui frappa l’Égypte et sauva Israël par le sang.

C’est lui, le Seigneur, qui pour avoir été amené comme une brebis et immolé comme un agneau, nous délivra du service du monde comme de la terre d’Égypte, nous délia des liens de l’esclavage du démon comme de la main de Pharaon, marqua nos âmes de son propre Esprit comme d’un sceau et les membres de notre corps de son propre sang. C’est lui qui couvrit la mort de confusion, qui mit le démon dans le deuil, comme Moïse Pharaon. C’est lui qui frappa l’iniquité, qui priva l’injustice de postérité comme Moïse l’Égypte, c’est lui qui nous arracha de l’esclavage pour la liberté, des ténèbres pour la lumière, de la mort pour la vie, de la tyrannie pour une royauté éternelle, lui qui fit de nous un sacerdoce nouveau et un peuple élu, éternel. C’est lui qui est la Pâque de notre salut. C’est lui qui en une vierge prit chair, qui sur le bois fut suspendu, qui en terre fut enseveli, qui ressuscita d’entre les morts et vers les hauteurs fut exalté. C’est lui, l’agneau sans voix, lui l’agneau égorgé, lui, né de Marie, lui pris du troupeau et traîné à l’immolation, et le soir, tué, et de nuit enseveli.

Sur la Pâque 58.64...71, SC 123, p. 93..123

Vivre la liturgie

Le Jeudi Saint, commence le triduum pascal (les trois jours de commémoration du grand mystère du passage du Seigneur, c’est-à-dire de sa Passion et de sa Résurrection) dont la liturgie est particulièrement dense. C’est la Cène, le dernier repas pris par Jésus avec ses disciples, qui est commémoré en ce jour sous sa double forme : le geste du lavement des pieds (Jean 13,1-15) qui, dans cet évangile, remplace le récit de l’institution eucharistique ; et le repas pascal au cours duquel Jésus, tout à la fois, commémore la pâque des Hébreux (Exode 12,1-4), annonce, par le don de son corps et de son sang, son sacrifice qui va s’accomplir, et en instaure pour l’Église qui va naître le sacrement à renouveler au long du temps, «en mémoire de lui» (1 Corinthiens 11,23-26). «C’est la Pâque du Seigneur !» proclame le livre de l’Exode. La couleur blanche des vêtements liturgiques rappelle qu’il s’agit bien d’une fête, d’un repas de fête qui rassemble tous les croyants autour de la table, dans l’amour du Christ qui s’offre pour le salut du monde et l’amour des frères.

Mais c’est aussi le repas du sacrifice : à la fin de la célébration, l’autel est dépouillé de tous ses ornements, rappel du départ de Jésus vers le jardin où il va vivre son agonie et son arrestation. Le Saint-Sacrement reste exposé pour que, dans la prière et l’adoration, on puisse, selon son souhait, «veiller au moins une heure avec lui». Mais seulement jusqu’à minuit : à cette heure, Jésus a été arrêté et emprisonné, l’Église fait silence pour le suivre en sa Passion qui commence.