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L'«Amen» de Dieu

«Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu est glorifié en lui». C’est comme si tout était fait. Jésus a donné la bouchée à Judas, signe du grand consentement du Fils à l’œuvre que le Père lui a confiée. Un consentement qui n’est pas une adhésion à un dessein, à une volonté qui ne serait pas la sienne, qui lui serait étrangère. La volonté du Père et celle du Fils sont une. Mais dans la chair il va accomplir. Et cet accomplissement passe par la mort. Cet acte-là est un acte immense. C’est en lui que se rencontrent le chemin qui conduit Jésus au plus profond du cœur de l’homme et celui qui le mène à la communion la plus intime avec son Père.

Jésus est livré par l’ami, bientôt il sera renié par le premier des disciples... Pas à pas, il a assumé tout le péché des hommes, et aujourd’hui des plus intimes. Mais c’est alors, dans ce grand consentement du Fils de l’homme, qu’il nous révèle ce qu’est sa gloire, la gloire qu’il partage avec le Père, la gloire qu’il est venu nous donner en partage. Suivre, aujourd’hui, c’est contempler ce don de Jésus qui devient toujours plus l’«Amen» de Dieu, et le laisser nous précéder, nous prendre, nous transformer. C’est en lui que nous pouvons consentir, nous aussi, à notre vie, qui s’inscrit dans le grand dessein d’amour du Père.

La Parole du Jour • Jean 13,21-33.36-38

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, au cours du repas qu’il prenait avec ses disciples, il fut bouleversé au plus profond de lui-même, et il attesta : « Amen, amen, je vous le dis : l’un de vous me livrera.» Les disciples se regardaient les uns les autres, sans parvenir à comprendre de qui Jésus parlait. Comme il y avait à table, tout contre Jésus, l’un de ses disciples, celui que Jésus aimait, Simon-Pierre lui fait signe de demander à Jésus de qui il veut parler. Le disciple se penche donc sur la poitrine de Jésus et lui dit : «Seigneur, qui est-ce ?» Jésus lui répond : «C’est celui à qui j’offrirai la bouchée que je vais tremper dans le plat.» Il trempe la bouchée, et la donne à Judas, fils de Simon l’Iscariote. Et, quand Judas eut pris la bouchée, Satan entra en lui. Jésus lui dit alors : «Ce que tu fais, fais-le vite.» Mais aucun des convives ne comprit le sens de cette parole. Comme Judas tenait la bourse commune, certains pensèrent que Jésus voulait lui dire d’acheter ce qu’il fallait pour la fête, ou de donner quelque chose aux pauvres. Quand Judas eut pris la bouchée, il sortit aussitôt ; il faisait nuit.
Quand il fut sorti, Jésus déclara : «Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt. Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps, et vous me chercherez. J’ai dit aux Juifs : Là où je m’en vais, vous ne pouvez pas y aller. Je vous le dis maintenant à vous aussi.» Simon-Pierre lui dit : «Seigneur, où vas-tu ?» Jésus lui répondit : «Là où je m’en vais, tu ne peux pas me suivre pour l’instant ; tu me suivras plus tard.» Pierre lui dit : «Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je donnerai ma vie pour toi !» Jésus réplique : «Tu donneras ta vie pour moi ? Amen, amen, je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois.»

Prier

Seigneur Jésus, toi l’«Amen» du Père, aujourd’hui aussi nous voulons te suivre là, nous voulons entrer dans ton grand consentement. Nous voulons déposer en lui, tout ce qui fait nos vies, les événements, les êtres qui nous entourent, tels qu’ils sont, les difficultés, les incompréhensions, les épreuves. Avec toi nous voulons essayer de consentir. Nous le pouvons par ta grâce. Pour être un peu plus avec toi. Notre pas aujourd’hui avec toi sera celui-là. Prends-nous en ton «Amen», transforme-nous par lui.




Vous avez un peu de temps et vous désirez aller plus loin ?
La formule n°2 complète (mais ne remplace pas !) la formule n°1


En parcourant la Bible

Isaïe 49,1-6

[1] Îles, écoutez-moi, soyez attentifs, peuples lointains ! Le Seigneur m’a appelé dès le sein maternel, dès les entrailles de ma mère il a prononcé mon nom. [2] Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a abrité à l’ombre de sa main ; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois. [3] Il m’a dit : «Tu es mon serviteur, Israël, toi en qui je me glorifierai» [4] Et moi, j’ai dit : «C’est en vain que j’ai peiné, pour rien, pour du vent j’ai usé mes forces.» Et pourtant mon droit était avec le Seigneur et mon salaire avec mon Dieu. [5] Et maintenant le Seigneur a parlé, lui qui m’a modelé dès le sein de ma mère pour être son serviteur, pour ramener vers lui Jacob, et qu’Israël lui soit réuni ; – je serai glorifié aux yeux du Seigneur, et mon Dieu a été ma force ; – [6] il a dit : «C’est trop peu que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d’Israël. Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre.»


2 Corinthiens 1,19-22

[19] Le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons prêché parmi vous, n’a pas été oui et non ; il n’y a eu que oui en lui. [20] Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’«Amen» à Dieu pour sa gloire. [21] Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, [22] Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit.

À l’écoute

De saint Augustin, au IVe siècle
Lorsque le Seigneur, Pain de Vie, eut donné du pain à cet homme mort, et désigné, en livrant le pain, celui qui trahissait le pain, il lui dit : «Ce que tu as à faire, fais-le vite !» Il ne commandait pas le crime : il découvrait son mal à Judas, et nous annonçait notre bien. Que le Christ fût livré, n’était-ce pas le pire pour Judas, et pour nous le meilleur ? Judas, donc, qui se nuit à lui-même, agit pour nous sans le savoir. «Ce que tu as à faire, fais-le vite !» Parole d’un homme qui est prêt, non d’un homme irrité. Parole où s’annonce moins le châtiment de celui qui vend, que le salaire de celui qui rachète. Car en disant : «Ce que tu as à faire, fais-le vite !», le Christ, plus qu’il ne s’en prend au crime de l’infidèle, cherche à hâter le salut des croyants. Il a été livré à cause de nos péchés, il a aimé l’Église et s’est livré pour elle (Ephésiens 5,25). Et de fait, personne n’aurait livré le Christ s’il ne s’était livré lui-même. Quand Judas le trahit, c’est lui qui se livre : l’un négocie sa vente, et l’autre, notre rachat.

«Aussitôt la bouchée prise, Judas sortit. Il faisait nuit.» Et celui qui sortait était lui-même nuit. Alors, quand la nuit fut sortie, Jésus dit : «Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié !» Alors, le jour transmet au jour la parole (Psaume 19,3) — le Christ la confie à ses disciples pour qu’ils lui obéissent dans l’amour. Et la nuit à la nuit passe le mot — Judas indique aux grands prêtres comment trouver Jésus pour qu’ils l’arrêtent. «Maintenant, le Fils de l’homme a été glorifié.» Je vois ici la figure d’un grand mystère. Judas est sorti, et Jésus a été glorifié. Le fils de perdition sort et le Fils de l’homme est glorifié. Celui qui sortait, c’était évidemment lui que tout à l’heure visaient ces mots : «Vous êtes purs, mais non pas tous» (Jean 13,10). Maintenant donc l’impur s’en va, les purs demeurent, et ils demeurent avec celui qui les rend purs. Quelque chose de semblable arrivera quand ce monde vaincu par le Christ passera. Alors l’ivraie ayant cessé de se mêler au grain, les justes, dans le Royaume de leur Père, resplendiront comme le soleil (Matthieu 13,4).

Sur saint Jean, 62,4-6 ; 63,2

Vivre la liturgie

Aucun geste liturgique particulier ne marque cette journée, mais les éléments du drame de la Passion peu à peu se mettent en place dans les lectures, comme si nous suivions au jour le jour le chemin du Maître. Le second «chant du serviteur» (Isaïe 49,1‑6) précise la mission de salut universel confié à l’Envoyé. L’évangile (Jean 13,21-38) nous place dans un tout autre climat qu’hier: ce n’est plus dans la maison amie de Béthanie, hors des murs de la ville, mais dans une maison inconnue, sur la hauteur dominant la Géhenne, que se rassemblent les disciples. C’est le soir ; bientôt il fera nuit. C’est le temps de la ténèbre : la trahison de Judas, le reniement de Pierre sont annoncés par Jésus dans l’évangile du jour (Jean 13,21-38). Approche le temps de la Passion qui va commencer par l’abandon des plus proches, ceux qui aujourd’hui ne comprennent pas et croient encore qu’ils vont pouvoir suivre leur Maître. Aujourd’hui nous contemplons la solitude de Jésus qui, seul, a sauvé le monde.